Qu’est-ce que la Méthode CPIM ?
La méthode CPIM (Child-Parent Interregulatory Method / Méthode de Co-Régulation Parent-Enfant) est une approche thérapeutique développée spécifiquement pour les enfants ayant des troubles de la régulation émotionnelle et comportementale, dont le TDAH fait partie.
Le Principe Révolutionnaire
Pendant des années, on a dit aux parents d’enfants TDAH : « Il faut qu’il apprenne à s’autoréguler. » On donnait des outils à l’enfant et on attendait qu’il les utilise seul.
Le problème ? Un enfant TDAH NE PEUT PAS s’autoréguler dans les moments de crise. Son cerveau est littéralement incapable de le faire. C’est comme demander à quelqu’un qui se noie de nager calmement vers le bord.
La révolution CPIM : L’enfant n’a pas besoin d’apprendre à s’autoréguler seul. Il a besoin d’apprendre à se coréguler avec son parent. Le parent devient le régulateur externe qui aide l’enfant à retrouver son calme.
La différence fondamentale : Le CPIM ne cherche pas à compenser les difficultés pour en réduire l’impact. Il s’intéresse à la cause des difficultés et aide l’enfant à développer les capacités qui lui font défaut – notamment ses fonctions exécutives.
Les Fondements Théoriques : Pourquoi Ça Marche
Le CPIM s’appuie sur les théories sociocognitives qui démontrent que les fonctions cognitives supérieures (ou capacités d’autorégulation) apparaissent d’abord dans un contexte d’interaction sociale, puis dans un contexte individuel.
Pensez au langage : Pour qu’un enfant parle, il faut d’abord qu’on lui parle. Il entend des mots et des phrases dans l’interaction sociale, puis il prononce ses propres mots individuellement.
Pour l’autorégulation, c’est pareil ! Pour qu’un enfant puisse s’autoréguler (se calmer seul, s’organiser seul, contrôler ses impulsions), il doit d’abord être co-régulé par ses parents.
Le cortex préfrontal (siège des fonctions exécutives) se développe lentement, jusqu’au début de l’âge adulte. Ce développement prolongé offre une fenêtre d’opportunités énorme aux influences de l’environnement, notamment l’interaction parent-enfant.
Les 3 Piliers de la Méthode CPIM
La Co-Régulation, pas l’Autorégulation
L’enfant « emprunte » le système nerveux calme du parent pour apaiser son propre système nerveux en surchauffe. Le parent régule d’abord POUR l’enfant, puis AVEC l’enfant, avant que l’enfant ne puisse réguler SEUL.
La Synchronisation Émotionnelle
Le parent se « branche » sur l’état émotionnel de l’enfant pour le comprendre de l’intérieur, puis le guide progressivement vers le calme.
Le Développement des Fonctions Exécutives
Le CPIM identifie les comportements parentaux qui aident ou freinent le développement des fonctions exécutives, puis crée les conditions pour stimuler efficacement ces capacités.
Les Fonctions Exécutives : Le Cœur du Problème TDAH
Qu’est-ce que les Fonctions Exécutives ?
Les fonctions exécutives permettent le contrôle de notre cognition, de notre comportement et de nos émotions :
Sur le plan cognitif :
- Maintenir son attention sans se laisser distraire
- Planifier et organiser
- Mémoriser et manipuler des informations (mémoire de travail)
Sur le plan comportemental :
- Inhiber une réponse inappropriée (contrôle inhibiteur)
- Adapter sa réponse selon le contexte
- Initier une action par soi-même
- Respecter les règles et les consignes
Sur le plan émotionnel :
- Gérer sa colère, sa frustration
- S’adapter aux changements
- Tolérer l’attente et la frustration
Le TDAH : Un Déficit des Fonctions Exécutives
Le cerveau TDAH présente un retard de maturation du cortex préfrontal de 2 à 3 ans. C’est pourquoi votre enfant de 10 ans fonctionne émotionnellement comme un enfant de 7 ans.
Le CPIM part de cette réalité neurologique : on ne peut pas exiger d’un enfant TDAH qu’il s’autorégule comme un enfant neurotypique. Il faut d’abord stimuler le développement de ses fonctions exécutives par une interaction parent-enfant adaptée.
Pourquoi le CPIM est-il Particulièrement Efficace pour les Enfants TDAH ?
Le Cerveau TDAH : Un Thermostat Cassé
Imaginez que le cerveau de votre enfant est une maison avec un thermostat défectueux :
Quand il fait 15°C dehors, le thermostat affiche 5°C → l’enfant panique « J’AI FROID ! »
Quand il fait 22°C, le thermostat affiche 35°C → l’enfant explose « J’AI TROP CHAUD ! »
Le thermostat ne peut pas réguler la température tout seul
Vous, parent, vous êtes le thermostat fonctionnel. Votre système nerveux, lui, sait réguler. Le CPIM vous apprend à « prêter » votre thermostat à votre enfant pour qu’il retrouve la bonne température.
Pourquoi les Approches Classiques Ne Marchent Pas
Ce qu’on dit classiquement :
« Va dans ta chambre te calmer » → L’enfant est SEUL avec son système nerveux déréglé
« Respire profondément » → Son cerveau en crise ne peut pas accéder à ces outils
« Réfléchis à ce que tu as fait » → Son cortex préfrontal est hors ligne, il ne PEUT PAS réfléchir
Ce que fait le CPIM :
Le parent RESTE avec l’enfant (co-présence)
Le parent régule AVEC lui (co-régulation)
On régule d’abord le CORPS, la réflexion vient après
On stimule activement le développement des fonctions exécutives
Sur Quels Comportements le CPIM Agit-il Concrètement ?
1. LES CRISES DE COLÈRE ET LES EXPLOSIONS ÉMOTIONNELLES
Le problème TDAH : Les crises de colère d’un enfant TDAH sont neurologiques, pas comportementales. C’est une tempête dans le cerveau. L’amygdale s’active, le cortex se déconnecte. L’enfant perd littéralement le contrôle.
Comment le CPIM agit :
Le CPIM utilise le concept de co-régulation en 4 étapes :
ÉTAPE 1 – SE RÉGULER SOI-MÊME (Parent) Avant d’aider votre enfant, vous devez calmer VOTRE propre système nerveux. Si vous êtes en panique/colère, vous allez amplifier sa crise, pas la calmer.
→ Technique : 3 respirations profondes, auto-message : « Ce n’est pas contre moi. C’est son cerveau qui déborde. »
ÉTAPE 2 – SE SYNCHRONISER (Parent → Enfant) Vous « entrez » dans l’émotion de votre enfant. Pas pour l’amplifier, mais pour la COMPRENDRE de l’intérieur.
→ Technique : Vous dites ce que vous voyez : « Tu es VRAIMENT en colère. Je vois que c’est énorme. » (Pas : « Calme-toi »)
ÉTAPE 3 – CO-RÉGULER (Parent ↔ Enfant) Vous utilisez votre présence, votre voix, votre corps pour apaiser le sien.
→ Technique : Contact physique (si accepté), voix calme et basse, respiration synchronisée
ÉTAPE 4 – RETOUR À L’AUTORÉGULATION (Enfant) Une fois calmé, l’enfant peut accéder à ses propres outils (respiration, visualisation, etc.)
La métaphore des vagues : « Ton enfant est un surfeur pris dans une énorme vague (la crise). Tu ne peux pas arrêter la vague. Mais tu peux être la bouée à laquelle il s’accroche pour ne pas se noyer. Tu restes calme, stable, et tu l’aides à tenir jusqu’à ce que la vague passe. »
Ce qui se développe : Progressivement, en répétant ce processus, l’enfant développe son contrôle inhibiteur (fonction exécutive qui permet de se freiner) et sa régulation émotionnelle.
Résultat observé : Les crises durent 5-10 minutes au lieu de 45-60 minutes. L’enfant se calme AVEC le parent, pas malgré le parent ou seul dans sa chambre.
2. L’OPPOSITION ET LA DÉFIANCE (Syndrome d’Opposition avec Provocation – TOP)
Le problème TDAH : 50% des enfants TDAH développent un TOP. Ils disent non à TOUT. Ils s’opposent systématiquement. Ce n’est pas de la « mauvaise volonté » – c’est une dysrégulation du système de stress.
Comment le CPIM agit :
Le CPIM part d’un principe révolutionnaire : L’opposition est une demande de connexion maladroite.
Quand votre enfant dit « NON ! » avec violence, il dit en réalité : « Je ne me sens pas vu. Je ne me sens pas en sécurité. Je teste si tu m’aimes même quand je suis difficile. »
La technique du « Banking Time » (Temps de Qualité) :
20 minutes par jour de temps EXCLUSIF parent-enfant
L’enfant choisit l’activité
Zéro demande, zéro correction, zéro enseignement
Juste de la CONNEXION pure
Pourquoi ça marche ? Vous remplissez le « réservoir affectif » de votre enfant. Quand ce réservoir est plein, il a moins besoin de s’opposer pour vérifier votre amour.
La métaphore du réservoir : « Ton enfant a un réservoir d’amour/sécurité. Quand il est vide, il devient difficile, opposant, testant. Pas parce qu’il est méchant, mais parce qu’il a BESOIN de vérifier que tu l’aimes même quand il est pénible. Le Banking Time, c’est remplir le réservoir AVANT qu’il soit vide. »
Ce qui se développe : La flexibilité cognitive, la coopération, le respect de l’autre et une meilleure obéissance (pas par soumission, mais par sécurité intérieure).
Résultat observé : Après 2-3 semaines de Banking Time quotidien, les parents rapportent 40-60% de réduction des comportements oppositionnels.
3. L’IMPULSIVITÉ ET LE MANQUE D’INHIBITION
Le problème TDAH : Le déficit de contrôle inhibiteur (fonction exécutive clé) fait que l’enfant ne peut pas s’empêcher d’agir. Entre l’envie et l’acte : 0,1 seconde.
Comment le CPIM agit :
Le CPIM identifie les interactions parentales qui freinent ou stimulent l’inhibition :
Ce qui FREINE l’inhibition :
Anticiper systématiquement les besoins de l’enfant (il n’apprend jamais à attendre)
Faire à sa place par peur qu’il échoue
Répondre immédiatement à toutes ses demandes
Ce qui STIMULE l’inhibition :
Créer des micro-délais : « Je t’aide dans 2 minutes, je termine ça »
Installer des routines prévisibles où l’enfant sait qu’il doit attendre son tour
Jeux de stop/go : « 1, 2, 3 soleil », « Jacques a dit »
Valoriser chaque fois qu’il se retient : « Tu as réussi à attendre, bravo ! »
Ce qui se développe : Le contrôle inhibiteur, la tolérance à la frustration, la patience.
Résultat observé : L’enfant commence à dire « J’allais le faire, mais je me suis arrêté. » Un délai apparaît entre l’impulsion et l’action.
4. LE MANQUE D’INITIATIVE ET D’AUTONOMIE
Le problème TDAH : L’enfant ne fait RIEN sans qu’on lui dise. Il faut le relancer 10 fois. Le déficit d’initiation (fonction exécutive) le rend dépendant du parent.
Comment le CPIM agit :
Le CPIM détecte les interactions qui maintiennent la dépendance :
Ce qui FREINE l’autonomie :
Tout faire à sa place « parce que c’est plus rapide »
Répéter 15 fois la même consigne
Le « sur-encadrer » par peur qu’il oublie
Ce qui STIMULE l’autonomie :
Laisser les conséquences naturelles se produire (oubli → conséquence)
Une consigne, une seule fois, puis observation silencieuse
Encourager les petites initiatives : « Tu as pensé à le faire tout seul, c’est super ! »
Installer des routines visuelles (checklist) qu’il consulte seul
Ce qui se développe : L’initiation, l’autonomie, la planification, la mémoire de travail.
Résultat observé : L’enfant fait ses routines seul sans rappel constant. Il prend des initiatives. Il gagne en confiance.
5. LES DIFFICULTÉS ATTENTIONNELLES ET LA DISTRACTIBILITÉ
Le problème TDAH : Déficit d’attention soutenue et d‘inhibition des distracteurs (fonctions exécutives).
Comment le CPIM agit :
Ce qui FREINE l’attention :
Environnement surchargé de stimuli
Interruptions constantes du parent
Pas de structure temporelle claire
Ce qui STIMULE l’attention :
Environnement épuré pour les devoirs (pas de téléphone, pas de frères/sœurs qui jouent à côté)
Temps défini : « Tu travailles 15 minutes, puis pause »
Présence calme du parent à proximité (pas sur le dos, juste disponible)
Séquençage des tâches : « D’abord ça, puis ça, puis ça »
Ce qui se développe : Attention soutenue, résistance à la distraction, méthode de travail.
Résultat observé : Meilleur investissement scolaire. Les devoirs prennent moins de temps. L’enfant se laisse moins distraire.
6. L’ANXIÉTÉ ET L’ÉVITEMENT
Le problème TDAH : Beaucoup d’enfants TDAH sont aussi anxieux. Déficit de flexibilité cognitive (difficulté à s’adapter aux changements).
Comment le CPIM agit :
Technique de la « Main sur le Cœur » :
1. Posez votre main sur son cœur
2. Lui demandez de poser SA main sur VOTRE cœur
3. Respirez ensemble lentement
4. Dites : « Mon cœur est calme. Ton cœur peut emprunter mon calme. »
Technique de l’ »Accompagnement Progressif » :
Semaine 1 : Vous l’accompagnez devant l’école
Semaine 2 : Jusqu’à la porte
Semaine 3 : 5 minutes dans la classe
Semaine 4 : Il y va seul, vous attendez dehors
Semaine 5 : Autonomie complète
La métaphore de l’échelle : « On monte l’échelle AVEC lui, barreau par barreau. Tu es là pour le sécuriser. Progressivement, il apprend qu’il peut le faire. »
Ce qui se développe : La flexibilité cognitive, l’adaptabilité au changement, la diminution des angoisses et de l’hypersensibilité.
Résultat observé : L’évitement anxieux diminue. L’enfant ose essayer de nouvelles choses.
Comment se Déroule une Prise en Charge CPIM sur Bordeaux et en visio ?
Format : Bref et Efficace
Durée totale : Moins de 10 séances sur 3 mois
C’est une méthode brève contrairement aux suivis classiques qui durent des années.
Les 2 Phases
PHASE 1 : IDENTIFICATION (1-2 séances)
Le thérapeute observe l’interaction parent-enfant lors d’une activité standardisée en séance (jeu, puzzle, tâche à réaliser ensemble).
Il identifie :
Les comportements parentaux qui freinent le développement des fonctions exécutives
Ceux qui les stimulent
Les caractéristiques individuelles de l’enfant (ses forces, ses faiblesses)
PHASE 2 : RÉGULATION (4-5 séances)
Le thérapeute travaille AVEC le parent et l’enfant présents en séance pour :
Modifier les interactions dysfonctionnelles
Installer de nouvelles habitudes interactives
Stimuler activement les fonctions exécutives déficitaires
Créer les conditions de l’autonomie
SUIVI (2 consultations)
À 1 mois : Vérification de l’intégration
À 3 mois : Bilan final et consolidation
Les Résultats Attendus avec le CPIM
Améliorations Cognitives
Meilleur contrôle inhibiteur : L’enfant se retient mieux
Meilleures capacités attentionnelles : Moins de distraction
Moins de ralentissement : Plus d’efficacité
Améliorations Comportementales
Plus d’investissement scolaire et meilleure méthode de travail
Plus d’initiative et d’autonomie : Fait les choses seul
Moins d’agitation
Moins d’impulsivité
Moins de crises émotionnelles
Diminution des angoisses et de l’hypersensibilité Meilleure obéissance
Plus de respect de l’autre, de soi et des objets
Plus d’adaptabilité au changement
Améliorations Relationnelles et Affectives
Pour l’enfant : Amélioration de la confiance en soi et de l’image de soi
Pour le parent : Amélioration du sentiment de compétence parentale et de la qualité des moments passés ensemble
Pour la famille : Amélioration du climat familial
Concrètement, Votre Enfant
Gagne en autonomie (fait ses routines seul sans rappel)
Gère mieux ses émotions
Se canalise
S’organise temporellement
Se vérifie (auto-contrôle)
Range ses affaires
Prend des initiatives
Ce que Disent les Parents
Votre enfant TDAH n’a pas besoin que vous le « répariez » seul. Il a besoin que vous soyez son thermostat, sa bouée, son ancre, le temps qu’il développe ses propres capacités. Le CPIM vous apprend à être ce régulateur externe dont son cerveau a désespérément besoin, puis à vous effacer progressivement pour qu’il devienne autonome.
Un enfant TDAH qui a bénéficié du CPIM devient un adolescent qui sait demander de l’aide quand il en a besoin, puis un adulte qui comprend que la co-régulation (avec un ami, un partenaire, un thérapeute) est une force, pas une faiblesse.
Catherine, Thérapeute CPIM
Spécialisée dans l’accompagnement des parents et des enfants neuroatypiques